Arnaque au bitcoin ou arnaque à l’euro ?




Interrogée par Le Parisien, Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’Autorité des marchés financiers, a déclaré que les cryptomonnaies représentent cette année 40% de tous les appels reçus par son institution d’épargnants victimes d’escroqueries. Lorsqu’on se penche sur la liste de l’AMF, on constate cependant que la plupart des sites répertoriés encore actifs reposent sur des transactions en euros et sur les failles du système bancaire.

Le scénario le plus classique débute par une publicité alléchante diffusée le plus souvent par l’intermédiaire d’une régie très connue et qui vante les performances passées du bitcoin. La victime, attirée par les incroyables profits qu’elle ne manquera pas de faire, découvre alors sur un site internet parfois très bien réalisé et très persuasif, orné souvent d’un joli bitcoin en or massif :

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Le lien mène invariablement vers un formulaire des plus banals sur lequel on vous demandera invariablement de laisser votre numéro de téléphone.

Le piège est amorcé.

Un « conseiller » vous rappelle alors et vous invite à effectuer un premier virement en euros – ne serait-ce qu’un petit, juste pour essayer – à destination d’un vrai compte dans une vraie banque. Evidemment dans ce type d’arnaque il n’y a jamais de conversion en cryptomonnaie et jamais le moindre bitcoin en jeu : l’argent disparaît aussitôt dans les méandres du système bancaire. Mais la victime ne soupçonne rien de tout cela car, lorsque qu’elle surveille son compte sur son espace client, elle voit de jour en jour fructifier son placement.

Confortée par les gains substantiels, totalement fictifs évidemment, qu’elle croit avoir réalisés, elle est incitée – d’elle-même ou par la persuasion de son gentil « conseiller » – à investir beaucoup plus pour réaliser beaucoup plus de profit… Nouveau virement en euros souvent bien plus important que le premier vers un vrai compte dans une vraie banque… les mâchoires du piège se referment.

Enfin arrive le moment où la victime se dit qu’il est temps d’encaisser son gain. Une premier requête, une seconde, une troisième, la victime s’inquiète. Ses appels téléphoniques demeurent sans réponse, le gentil conseiller qui s’est évaporé dans la nature… l’histoire peut s’arrêter là.

Mais parfois il y a un épilogue : la victime reçoit une réponse. On lui indique que le virement a été bloqué par le fisc car il provient d’un compte étranger, mais « ne vous inquiétez pas madame Michu, on va trouver un arrangement ».

Quelque temps plus tard Yvette Michu reçoit un appel d’un faux agent du fisc qui lui promet qu’elle pourra récupérer ses gains, mais il faudra auparavant qu’elle s’acquitte de la TVA. Et c’est presque avec soulagement qu’elle effectue son 3ème virement vers un vrai compte dans une vraie banque…

D’autres variantes sont bien sûr possibles, mais dans la plupart des cas mentionnés par l’AMF il n’y aura jamais de transaction en bitcoins car les escrocs s’appuieront entièrement sur l’opacité du système bancaire traditionnel, son incapacité à suivre correctement un virement SEPA ou à identifier le véritable titulaire d’un compte.

Evidemment il existe aussi des arnaques portant sur de vrais bitcoins ou de vrais ethers… cela s’appelle des ICO et l’AMF leur accordera prochainement un Visa [1].

 

Pour en savoir plus :
– Comment acheter des bitcoins sans se faire escroquer
– Escroqueries : comment les détecter et quelles solutions (conférence organisée par Coinhouse Store et Blockchain Legal mercredi 17 octobre 2018.

 

[1] Bon d’accord… c’est un peu excessif, toutes les ICO ne sont pas délibérément des escroqueries, beaucoup sont des escroqueries qui s’ignorent et peut-être même que quelques-unes ne seront pas des escroqueries du tout. Il existe par ailleurs d’autres arnaques portant sur de vrais bitcoins (faux sites de « cloud mining », faux exchanges crypto-crypto… voir ICI)… mais l’AMF ne semble pas s’y intéresser.

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